Tressage, plessage : des techniques de la Préhistoire pour le jardin d’aujourd’hui.

Tressage, plessage : des techniques de la Préhistoire pour le jardin d’aujourd’hui.

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Le plessage est une technique de tressage à partir de rejets d’arbres. Utilisée par l’Homme depuis des temps extrêmement reculés, elle permet l’aménagement d’espaces, de séparations et de murs. Avec l’adobe, c’est probablement une des premières technique de construction. Tombée en désuétude avec l’émergence du monde industriel, il serait dommage d’en oublier ses avantages : économe, simple, esthétique, créative, écologique.

Une invention vieille comme l’Humanité

Mur en adobe et plessis
Mur en adobe et plessis

Les dix à quinze mille ans qui nous séparent de la préhistoire ont effacé les indices qui pourraient nous permettre de déceler l’apparition des techniques de plessage. C’est pourquoi on ne pourra que spéculer. Imaginons que nous soyons dans la Nature et qu’il nous faille nous protéger des animaux : on entassera naturellement des branches pour créer une barrière. Par l’observation, il nous semblera indiqué de renforcer cette palissade par des pieux verticaux ou des arbres. Il nous apparaîtra que lorsque les branches sont entrelacées sur ces montants, elles forment un obstacle solide et impénétrable. Nous réaliserons alors que nous pouvons créer des structures solides en tressant lianes et branchages. Ce sera le début de la vannerie, tellement utile pour pouvoir cueillir des plantes et transporter des ustensiles. Nous pourrions être à l’ère paléolithique, voire avant.

Par la suite, au Néolithique, lorsqu’on se mettra à élever des animaux, cette technique sera mise de nouveau à contribution pour former des enclos à bétail, des barrières pour protéger les plantations. Nos Ancêtres celtes deviendront maîtres dans l’art des haies vivantes, faites d’aubépine, de ronce, de houx, utilisées comme ouvrages défensifs. Le plessage nous servira aussi lorsqu’on se mettra à sélectionner des semences afin de séparer différentes variétés. Enfin, en collant de l’adobe sur le treillis, nous obtiendrons des murs solides pour une habitation.

Peut-on dire que le plessage et la vannerie figurent parmi les inventions majeures de l’Humanité au même titre que l’agriculture, l’élevage ou les arts ?

Des têtards pour plesser

Tétard de saule. Dessin Traits de Nature http://trait-de-nature.over-blog.com

Où trouver du matériel en suffisance pour plesser ? Dans la forêt, on trouvera le châtaignier et les lianes (clématite, lierre, ronce), près de la rivière du saule, le noisetier et l’aulne, dans les haies le houx et l’aubépine. Cependant, tentez l’expérience de collecter suffisamment de matériel pour animer un atelier de vingt personnes et vous vous apercevrez combien cette récolte peut s’avérer lente et laborieuse. Comment les Anciens faisaient-ils ? Savez-vous ce qu’est un têtard ? Il s’agit d’une pratique qui consiste à émonder régulièrement toutes les branches maîtresses, ce qui provoque des rejets en quantité. Ces derniers, selon les essences, peuvent servir à faire du fourrage (peuplier, frêne) ou du matériel de qualité pour vanner (noisetier, cornouiller) ou plesser (châtaignier, noisetier). Ce faisant, l’Homme aménage son territoire et redessine le paysage. Là où la forêt recouvrait tout, les paysans ouvrent des champs, des prairies et plantent des haies pour séparer les différents espaces. C’est le bocage. Les haies, en partie plantées de têtards, fournissent le fagot pour la cuisine, des fruits pour la table, et des rejets pour la vannerie et le plessage. Tous ces produits amènent la mise en place d’une économie complexe autour de l’exploitation des haies. Pierre peut-être propriétaire d’une parcelle et l’exploiter pour des céréales mais concéder tout ou partie de sa haie à Jean. Et oui : dans un village, on ne ramasse pas n’importe quoi n’importe où !

Quand une simple technique façonne un écosystême

Paysage de bocage

Au fur et à mesure du temps, la flore et la faune se sont adaptés aux modifications du paysage. Les espaces ouverts ont favorisé les orchidées, les graminées et les adventices. La haie est devenue un écosystème à part entière, abritant tout un monde de plumes et de poils. La partie basse offre un abri pour les lièvres, les musaraignes, les renards et les blaireaux. Les petits oiseaux apprécient les ronces et les épines pour protéger leurs nids tandis que rapaces et écureuils se partagent les frondaisons des arbres. Dans le Perche, le Morvan, le Poitou, le Limousin, l’Homme peut prétendre avoir façonné un écosystème durable et harmonieux. Avec le remembrement, nos technocrates ont réduit à néant l’héritage d’un nombre incalculable de générations. La tendance est enfin renversée mais à quel prix ?

Une pratique permaculturelle

Le plessage a toujours sa place dans le paysage français à condition d’être replacé dans une dimension permaculturelle. Il conviendra parfaitement pour la plupart des jardins et potagers familiaux pour faire des barrières, délimiter des plantations, aménager des terrasses, encaisser un arbre, voire même pour les murs d’un poulailler ou d’une cabane de jardin. Le mieux, c’est évidemment de disposer de têtards de châtaignier sur votre terrain. Ceux-ci vous fourniront leurs fruits en automne, des feuilles pour pailler vos plates-bandes et vos buttes. Le châtaignier est souple et imputrescible. Des tiges de la grosseur du pousse dureront quatre à cinq ans. Les piquets pourront être confectionnés en faux-acacia, également imputrescible mais rigide. Ils auront alors l’avantage de durer 10 à 20 ans. Vous pouvez vous inspirer des clos plessés du moyen-âge : un carré de fins rejets de châtaignier entrelacés sur des piquets, une toile de jute pour séparer de la terre et un remplissage en lasagnes de BRF, de fumier et de terreau sur un lit de bois pourri. Trois perches de chataignier liées avec de la clématite peuvent servir de support pour toutes les grimpantes.

Barrière en châtaignier et clématite.
Barrière en châtaignier et clématite.

Une technique économique, esthétique et créative

A partir de la technique du plessage combinée avec un peu de vannerie, votre créativité n’aura plus de limite : meubles de jardins, land-art, tout est possible. Le bois est naturellement beau. Vous pouvez vous amuser à varier les essences ou à écorcer vos rejets pour obtenir des effets graphiques ou des motifs géométriques. Cela ne vous coûtera que du temps, un bon couteau, une serpe, un sécateur et une bonne paire de gants.

 

Bibliographie & ressources

La serpe à plesser : un ethnologue trouve une serpe dans une brocante. A partir de ce simple outil, il reconstruit tout un monde de pratiques avec pour conséquence l’aménagement d’un paysage, la construction d’un ecosystême naturel et humain. Lire à partir de la page 47.

Un blog sur le plessage (haie vivante) : saviez-vous qu’il existe un championnat international de plessage ?

Les mains au panier : un blog sur la vannerie traditionnelle pyrénéenne.

Le jardin médiéval : Le moyen-âge a développé un art du jardin envisagé comme le lieu de réalisation de l’idéal édenique. C’est un lieu de rencontre et entre l’Homme et sa Nature. C’est l’incarnation d’un désir spirituel. A lire également sur le sujet, Jardin monastique et jardin mystique au Moyen-âge par Bernard Beck.

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