La permaculture, une méthode maraîchère biomimétique

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Plus qu’un simple système agronomique, la permaculture est une philosophie. L’idée centrale est que, plutôt que de contraindre la Nature, on va l’accompagner et imiter ses modes de fonctionnement. En ce sens, on peut parler de biomimétisme. En permaculture, le jardinier considère donc son potager comme un écosystème à part entière, dont il va essayer de comprendre les différentes imbrications. Chaque plante occupe une niche écologique particulière et a une influence sur les autres. Ainsi, les aromatiques (et éventuellement les poules ou les canards) serviront d’insecticides naturels. Pour enrichir la terre en azote, on plantera du trèfle. Là encore, les animaux peuvent apporter leur petite contribution. Du coup, inutile de mettre des intrants (pesticides, engrais).

Dans la mesure du possible, le jardin est construit en étages, comme les différentes strates d’une forêt. On parle alors d’agroforesterie.
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Autres particularités étonnante de la permaculture : on ne fait pas de labour. Si la terre est travaillée lors de la mise en place (souvent sous forme de butte), elle n’est plus retournée par la suite afin de préserver la micro-faune (principalement bactérienne et mycologique) qui fait la richesse d’un sol. La paille et les déchets organiques sont laissés à pourrir à même le sol afin de créer de l’humus. Ainsi, plus le temps passe, plus le sol s’enrichit. A terme, c’est donc un gain de temps pour l’exploitant car celui-ci a de moins en moins d’efforts à fournir pour assurer la pérennité de son exploitation, mais aussi un investissement pour les générations futures qui bénéficieront d’un sol toujours plus fertile. Rappelons qu’à l’opposé, la monoculture intensive appauvrit les sols, ce qui contraint l’agriculteur à rentrer dans un cercle vicieux d’intrants (et donc de dépendance vis-à-vis de l’industrie pétrochimique).
Dernier point qui n’est pas des moindres : en permaculture, il n’y a ni mauvaises herbes ni nuisibles. on considère que dans un écosystème, toutes les espèces ont un rôle à jouer. Plutôt que de traiter, on plantera donc en marge du jardin des végétaux spécialement sélectionnées pour satisfaire l’appétit des insectes voraces qui les préféreront à celles cultivées. L’autre solution consiste à encourager la présence de prédateurs naturels (les coccinelles, par exemple). Même les maladies sont considérées comme indispensables à la pérennité de l’écosystème. En effet, si l’on admet un pourcentage initial de perte, à terme, les plants s’adapteront et développerons naturellement des résistances.
Pour terminer, il n’y a pas de recettes généralisables en permaculture. Chaque cas est particulier. Le succès d’un jardin repose donc d’abord sur les connaissances du cultivateur, ses capacités d’observation et de déduction. Il s’agit donc d’une pratique intégrée, holistique et pérenne.
Un jardin bien construit peut obtenir des rendements supérieurs à ceux obtenus avec l’agriculture industrielle et les engrais. Cependant, du fait même de sa construction imbriquée, un jardin en permaculture est très difficilement mécanisable. Qui plus est, on se méfie des gros tracteurs qui ont le défaut de tasser les sols (gros problème dans la Beauce). La permaculture est donc un système idéal pour des exploitations de petite taille, des potagers urbains et/ou pédagogiques.

 

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Notons en préambule que tels monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, nombres d’agriculteurs traditionnels pratiquent les principes de la permaculture. On pourra ainsi citer les jardins créoles, en Haïti, ou encore les potagers de jungles en Amazonie. Plus proches de nous, le bocage poitevin est aussi un bon exemple de système agricole global intégrant les besoins humains dans un écosystème.
A partir des années cinquante, Masanobu Fukuoka, un ingénieur agronome très fortement influencé par la philosophie Zen, introduit le concept d’agriculture naturelle. Complètement à contre-courant des pratiques de la Révolution verte, il cultive le riz et l’orge sans labours, sans désherbage mécanique, sans engrais préparé et sans pesticide, avec des rendements égaux et parfois supérieurs à ceux de l’agriculture chimique. Son ouvrage principal, « La révolution d’un seul brin de paille », exercera une influence déterminante sur les fondateurs de la permaculture. Ses travaux seront repris à partir des années soixante en Australie par Bill Mollisson. En 1978, ce dernier publie en collaboration avec son compatriote David Holmgren « Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles ».
La permaculture est introduite en Europe à partir des années 80. Les pionniers les plus notables sont l’autrichien Sepp Holzer, qui s’est fait remarqué en arrivant à faire pousser des citrons à 1600 m d’altitude dans les Alpes, ainsi que le français Marc Bonfils, plus marginal, qui a cependant beaucoup œuvré pour diffuser les principes de la permaculture. En Belgique, on peut admirer les Jardins de la fraternité ouvrière, un des potagers en permaculture les plus anciens d’Europe. La ferme du Bec Hellouin est également un des hauts lieux français de la permaculture.
Du fait de la crise environnementale, la permaculture connait un effet de mode sans précédent. Un certain nombre d’ingénieurs agronomes et de permaculteurs se montrent assez critiquent quand au fait qu’une bonne partie du public accepte sans réserve ni regard critique les pratiques et les idées dites permaculturelles. Il est à souligner que si bon nombre de permaculteurs revendiquent une approche scientifique, il faut bien admettre que cette pratique reste basée sur une approche empirique.
On constate aussi que la permaculture est revendiquée par un certain nombre de mouvements marginaux essentiellement spiritualistes (new-age) et survivalistes (apocalyptiques).

 

 

  • Masanobu Fukuoka, La révolution d’un seul brin de paille.
  • Sepp Holzer, La permaculture de Sepp Holzer
  • Le blog de Permeric, permaculteur belge, qui partage abondement ses trouvailles et ses recherches.
  • Les manuscrits de Marc Bonfils.
  • L’université populaire de permaculture, qui regroupe un certain nombre de permaculteurs français.
  • L’association Brin de paille.
  • Un forum consacré au sujet.

 

 

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