Une Marrante qui réfléchit, ça joue des tours

Une Marrante qui réfléchit, ça joue des tours

Immortelle et rebelle, je nourris qui me respecte et j’affame qui me nuit. Qui suis-je ?

L’Amarante, mais c’est bien sur !

Et même mieux : l’Amarante Réfléchie.

Mon nom vient du grec ancien amaranthos, « ce qui ne fane pas », car mes fleurs ne fanent jamais. Je suis un symbole de l’immortalité. Et si je suis réfléchie, je le dois au latin retroflexere, « fléchi, penché en arrière », comme le sont souvent mes épis lourds d’innombrables graines.
Je suis un cousin de l’épinard, un proche parent du quinoa. Là-bas, les Indiens me vouaient un culte. Ma production de graine était telle qu’ils ne connaissaient pas la faim. De fait, je suis riche en vitamines A et C, en minéraux, en fer et en calcium et j’apporte plus de protéines que le soja. J’étais pour eux symbole d’abondance et de fertilité. De la Vie !

Soupe crue
 400 g. de feuilles d'amarante, ½ l. d'eau, ½ avocat, 1 gousse d'ail, 1 petit oignon rouge, jus d'1 citron, sel, 2 c. à soupe d'huile d'olive
 Couper grossièrement les feuilles et jeunes pousses d'amarante. Mettre l'eau dans un mixer et ajouter petit à petit l'amarante en faisant tourner l'appareil à vitesse réduite, jusqu'à obtenir une purée. Ajouter la chair d'avocat, l'ail, l'oignon, le jus de citron et l'huile, saler à votre convenance. À déguster bien frais !
Gougères vertes
 500 g. de feuilles d'amarante, ¼ de l. d'eau, 60 g. de beurre, 1 pincée de sel, 125 g. de farine, 4 œufs, 100 g. de fromage râpé, 50 g. de fromage en dés
 Laver les feuilles d'amarante et jettes-les dans de l'eau bouillante salée. Laisse cuire 5 à 10 min, puis égoutte-les.
 Fais chauffer l'eau avec le beurre et le sel. Quand le mélange entre en ébullition, jettes d'un seul coup la farine. Remues vigoureusement pour dessécher la pâte, qui se détachera alors facilement des parois. Éteins le feu et ajoute les œufs un à un, en les incorporant bien à la pâte. Ajoute le fromage râpé et les feuilles cuites finement hachées. Dépose la pâte en boules sur la plaque du four bien graissée. Piques à la surface des gougères des petits dés de fromage. Fais cuire 30 min puis sers-les immédiatement !

Est-ce à cause de mes petites feuilles en forme de losange ? Les Européens ne m’ont pas aimé.

Ils ont dit que j’étais le Diable ! Herbe à cochon !

Les Conquistadores, ces hommes avides et cruels, ont imposé leurs divinités : leur dieu à eux, c’était le blé ! Le blé, le fer, le feu, le sang. Ils ont éventré les montagnes, volé les trésors, réduit les populations en esclavage. Le dieu qu’ils ont imposé était un dieu terrible, tellement jaloux qu’il ne supportait pas les autres dieux. Pire, ce dieu était si faux qu’il se parait de paroles d’amour, de paix et de douceur pour cacher toute son injustice.
Cette entité ne se nourrissait pas de l’amarante sacrée. Non, elle préférait le pain et le vin, mais surtout des fleuves de sang et des rivières de larmes, des montagnes d’argent et tout l’or du monde. Ce dieu était une Bête immonde et ils osaient l’appeler Civilisation. Rien qu’avec l’argent qu’il mangeait en une année, on aurait pu faire cinq fois le tour de la Terre ! Et pourtant, il n’en avait jamais assez.

Les descendants des Conquistadors m’ont appelé Pig weed, l’herbe aux cochons. Est-ce de là que vient l’expression « jeter des perles aux cochons ? » Peut-être, car contrairement aux Indiens qu’ils massacraient, ils ignoraient tout de mes vertus médicinales.

Une amie qui vous veut du bien

Je suis tout spécialement l’amie des femmes : en décoction, mes graines améliore la montée de lait, et diminue les règles trop abondantes. Je stoppe aussi les diarrhées et je favorise l’élimination rénales. Et petite astuce, tu peux faire des gargarismes avec une décoction de mes graines. C’est bon pour les aphtes. Mais ça, forcément, les Conquistadors, ils ne le savaient pas. Quels idiots !

Décoction de graines d'amarante :
 une cuillère à soupe de graines pour une tasse d'eau (laisse frémir à couvert pendant 15 minutes), 3 fois par jour.

Mon histoire ne s’arrête pas là : chaque génération a ses Conquistadors.
Au cour de la guerre du Vietnam, Monsanto, une multinationale américaine, fabrique pour l’Armée l’agent orange, un produit défoliant utilisé pour transformer la jungle rebelle en désert, quitte à empoisonner les cours d’eau et enfanter des monstres trente ans après. Au même moment, Monsanto invente le Round Up, un poison toxique pour tuer toutes les plantes. Par un grand tour de passe passe, les grands sorciers du service Com réussirent à vendre cet herbicide comme un produit bio pour les jardins familiaux avant qu’on ne prouve qu’il est cancérigène. Les plus vieux se souviennent du chien qui déterre son os.
Comme il fallait bien faire pousser quelque chose pour pouvoir manger, les Conquistadors inventèrent des plantes OGM qui résisteraient au Round Up. Ils appelèrent cela le Progrès : le fermier n’aurait plus rien à faire pour gagner de l’argent, juste d’acheter des plantes OGM à Monsanto, faire passer de grosses machine achetées aux amis de Monsanto et mettre du Round Up acheté à Monsanto.

En fait, à ce jeu là, c’est Monsanto qui gagnait beaucoup d’argent. Quitte à empoisonner la Planète !

Ca pouvait ressembler à une bonne idée. Mais c’était mal me connaître !

Une nature rebelle

C’est là que j’ai décidé de leur jouer une blague à ma façon, à ces Cons qui s’adorent. Par sélections successives, j’ai fait muter un petit gène de rien du tout pour devenir résistante à leur poison. Quand on est une plante maîtresse, rien de plus facile ! Et voilà que j’envahis maintenant les champs des Conquistadors. Maintenant que je résiste aux herbicides, le seul moyen pour arracher mes racines, c’est de creuser à la pioche. En tant que plante naturelle, j’ai décidé de redonner du travail aux travailleurs immigrés plutôt qu’à ces grosses machines agricoles qui tassent les terres, boivent le sang de la Terre et l’argent des paysans.

 

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